Présents : Brigitte Bornemann-Blanc,
Serge Perez, Alain Marvy, Eric Chagneau, Philippe Pradel, Jean-Guy Devezeaux de
Lavergne, Jean-Pierre Chaussade, Christian Sylvain, Jacques de Mereuil, Pierre
Audigier, Denis Deroubaix, André Ferron, Claude Fischer, Marie-Michelle
Libilbehety, Jean Masson, Paul Rigny, Jacques Tamborini, Jean-Claude
Venchiarutti.
-
La gestion des déchets de haute activité vie longue par
COGEMA.
-
Présentation de Philippe PRADEL, Directeur du secteur TRL (Traitement
recyclage logistique) et de Jean-Guy DEVEZAUX de LAVERGNE, adjoint au directeur,
Direction Projet Prospective.
Pour compléter le compte-rendu, vous pouvez vous référer
au document de présentation joint.
I.1 –
Description du cycle traitement-recyclage
Les
déchets nucléaires proviennent principalement de la production d’électricité
des réacteurs : ils constituent les "cendres" de la combustion
de l’uranium.
La
politique française consiste à considérer comme déchets les seules
matières non valorisables, aux conditions actuelles: produits de fission
et actinides mineurs. Le traitement des combustibles usés, réalisé à
La Hague, permet de les séparer du plutonium et de l’uranium (matières
valorisables).
Ce faisant, le traitement des combustibles usés permet de :
·
conditionner les déchets
sous des formes adaptées, à très haut niveau de stabilité et de
confinement, sous des volumes très faibles , (cent fois plus faible, par
exemple, que les seuls déchets toxiques).
·
recycler les éléments
les plus radiotoxiques (principalement le plutonium) et de réduire ainsi la
radiotoxicité des déchets d’un facteur jusqu' à 10 selon la gestion
des matières retenues et la date de la comparaison.
Par ailleurs, cette politique est favorable en regard de la valorisation
des ressources, via le recyclage des matières énergétiques. Elle
s’inscrit ainsi dans une logique de développement durable, en privilégiant la minimisation des déchets et l’économie
des ressources. C’est d’ailleurs ce qu’on demande à toute industrie
moderne, notamment dans le cadre de la loi « Barnier».
Pour
bien percevoir ces enjeux, il est nécessaire de prendre en compte la composition
des combustibles avant et surtout après irradiation, leur
toxicité potentielle, en s'inscrivant dans une logique dictée par les
impératifs du développement durable.
Un
combustible usé contient ainsi entre 94 à 96% d’uranium, 1% de
plutonium et environ 3 à 5% d’éléments considérés comme des résidus
ultimes (déchets à haute radioactivité et/ou vie longue, ou HAVL).
Le
recyclage du plutonium et de l'uranium combustible résiduel permet d’obtenir
de 15 à 30 % d’énergie supplémentaire, et de réduire la nuisance des
déchets tant en ce qui concerne leur volume (divisée par 5 environ) que leur
toxicité (divisée par un facteur jusqu'à 10) pour un coût représentant
6% de celui de l’électricité.
Le
recyclage de 1700 tonnes (capacité de l'usine de La Hague) permet d’économiser
l’équivalent d’une importation de 100 millions de tonnes de pétrole.
Tout au
long du traitement–recyclage, les matières nucléaires présentes dans
les combustibles usés restent la propriété des compagnies productrices d’électricité,
clientes de COGEMA.
Dans le cas de
combustibles appartenant à des électriciens étrangers, il est important
de noter que les contrats stipulent le retour au pays d’origine des résidus
ultimes conditionnés.
I.2 –
Conditionnement des déchets à haute activité et/ou vie longue (HAVL)
Les déchets ultimes
contenus dans les combustibles usés traités à La Hague appartiennent
à deux catégories : les produits de fission (PF) et les déchets de
structure.
? Les produits de fission
sont les "cendres" de la combustion nucléaire. Dans l’usine de La
Hague, ils sont séparés de l’uranium et du plutonium, puis calcinés et
incorporés dans une matrice de verre. Le verre est alors coulé dans un
Conteneur Standard de Déchets Vitrifiés (CSD-V), qui permet ainsi de
conditionner sous forme compacte, durable et confinante, plus de 99 % de
l'activité contenue dans les déchets ultimes, toutes catégories confondues.
?
Les déchets de structure sont
les composants métalliques (tubes de gainage, grilles, embouts) assurant le confinement et
l'assemblage des pastilles de combustible. Dans l’usine de La Hague, ils sont
aujourd’hui décontaminés, compactés et conditionnés en Conteneurs
Standards de Déchets Compactés (CSD-C), géométriquement similaires aux
CSD-V.
Ces modes
de conditionnements des produits
de fission et déchets de structure, auxquels il faut adjoindre les déchets
technologiques, constituent les formes optimisées des déchets de haute activité
et/ou à vie longue. Après
plusieurs décennies de recherches et d’activité industrielle et notamment
à la suite des programmes lancés dans le cadre de la loi de 1991 -
conduits en grande partie par le CEA -, la France est techniquement très
avancée dans la gestion des déchets. Par exemple, la technique française de
vitrification des déchets de haute activité est la référence mondiale.
C’est l’industrie française qui est à l’origine d’une
standardisation internationale de fait pour les déchets conditionnés lors du
traitement des combustibles usés. Les spécifications de ces colis sont agrées
internationalement pour les produits de fission en France, Allemagne, Belgique,
Suisse, au Japon et Pays-Bas - en cours d’approbation en Espagne et
Australie - et pour les déchets technologiques, coques, embouts en France -
en cours d’approbation au Japon, en Allemagne, Belgique, Suisse, Pays-Bas.
I.3 –
Entreposage et stockage
La vitrification
permet le confinement pendant une durée de plusieurs centaines de milliers
d'années, très nettement supérieure à celle qui permet, par décroissance
radioactive, de revenir au niveau de l'uranium naturel initial mobilisé pour la
production d'énergie. La réduction du volume permet de réduire d’un facteur
très significatif les surfaces d’entreposage: « de l’ordre de
100 ans d’entreposage du nucléaire français tiennent sur 15 000 m2
soit l’équivalent de 2 terrains de rugby ». En outre, la surface d'un
éventuel site de stockage géologique serait réduite d'un facteur de l'ordre
de deux par rapport à un choix d'élimination sans traitement.
Le niveau
élevé de performance des colis conditionnés via le traitement est un facteur
important dans la démonstration actuellement en cours de la faisabilité du
stockage géologique profond.
Ces
facteurs expliquent que la politique française est de recourir au traitement
des combustibles usés, mêmes si des choix alternatifs sont étudiés dans
le cadre de la loi de 91 qui a pour vocation de prendre en compte de façon très
large les options de gestion.
I.4 – Les progrès
accomplis dans le cadre de la loi de 1991
Les progrès
accomplis dans le cadre de la loi Bataille sont tels que l’on observe des
avancées sur les 3 axes. Parmi eux, nous pouvons compter :
-
le progrès technique industriel (volume, qualité,
standardisation…),
-
la connaissance des déchets,
-
la performance des déchets en stockage,
-
la faisabilité du stockage,
-
l’optimisation éventuelle rendue possible par les techniques de
l’axe 1,
-
la durabilité des entreposages industriels.
Nombre de ces
avancées ont dépassé le stade de la recherche pour atteindre celui de la mise
en œuvre industrielle.
Ainsi, la réduction
des quantités de déchets rapportées à l'énergie électrique produite
est quasiment d’un facteur de 10 depuis 1991. Il existe aujourd’hui un seul
type de colis de haute activité très standardisé : ceci tranche avec la
diversité des modes de conditionnement qui étaient en vigueur avant les
travaux de la loi de 91. La 3ème génération de réacteur
(avec l'EPR), associée aux usines de traitement modernes, doit encore réduire
le volume d’un facteur 5 et la 4ème génération encore
plus. En parallèle, les effluents radioactifs liquides ont été
notablement réduits pendant la dernière décennie.
I.5 – Les déchets
nucléaires de COGEMA
Les déchets
nucléaires dans le cycle combustible sont :
-
les déchets directement issus des combustibles usés de haute et moyenne
activité à vie longue (déchets HAVL dits C et B conditionnés en
conteneurs standards),
-
les déchets technologiques d’activité très faible à
moyenne résultant de l’exploitation des installations (matériel contaminé
-> déchets TFA, A, B),
-
les déchets de démantèlement
des installations nucléaires essentiellement d’activité faible à très
faible (A,TFA).
COGEMA, qui
fournit un service de traitement aux électriciens, lesquels restent propriétaires
de leurs déchets, possède peu de déchets en propre.
Les déchets
de type A et TFA de COGEMA sont actuellement évacués dans les filières
opérationnelles correspondantes.
COGEMA ne
produit quasiment pas de déchets graphites et radifères.
En ce qui
concerne les déchets HAVL, dont la gestion est à l'étude dans le cadre
de la loi, la part de COGEMA est de l'ordre de 5% de l'inventaire national, qui
représente moins de 85000 m3 au total.
Ces déchets
sont essentiellement constitués par de déchets "anciens"
correspondant au fonctionnement des usines de traitement de la génération
précédente dans les années 60 à 80. Ces déchets sont entreposés
à Marcoule et à la Hague. La quasi-totalité de la haute activité
de l'histoire du nucléaire français est conditionnée aujourd'hui sous forme
de CSD-V. Par contre, la majorité des déchets anciens de moyenne activité
reste à reprendre et/ou à conditionner. D'importants programmes
sont en œuvre pour atteindre cet objectif. Il faut aussi y comptabiliser
les déchets HAVL de démantèlement.. Après conditionnement, ils
représenteront de l'ordre de quelques milliers
de m3.
Pour ce
qui est du dimensionnement des centres de stockage actuellement en projet, la
part relative de COGEMA est estimée sur la base des stocks actuels et grâce
aux prévisions faites par ses clients. Ces prévisions servent de base à
leur financement.
Enfin, il
est important de noter la faible variabilité des volumes de déchets COGEMA et
de leur part relative sur le plan national. Aujourd’hui, les déchets C de COGEMA sont essentiellement des déchets
anciens dont le volume est donc figé. Les volumes de colis de déchets B de
COGEMA, du CEA et d’EDF sont bien connus et les prévisions ont une bonne
robustesse. Parmi les facteurs prospectifs qui sont pris en compte pour les établir,
il faut citer l’évolution des modes de conditionnement des déchets restant
à conditionner, le scénario d’exploitation de La Hague, les futurs
accords commerciaux et les volumes de déchets de démantèlement.
Les
provisions pour la gestion des déchets AREVA sont basées sur les volumes de déchets
de toutes catégories non encore évacués. Elles prennent en compte les coûts
de l'ensemble des des déchets à gérer, y compris les déchets anciens
et les déchets de démantèlement. Le coût des opérations telles
que le conditionnement et le stockage sont incluses, de même que les coûts
de reprise des déchets anciens, par souci de complétude.. Pour
AREVA, le montant provisionné à la clôture des comptes de 2002 était
de 3779 M d’euros et de 3859 M. d’euros pour 2003.
Un portefeuille dédié à la couverture de ces dépenses a été mis en place. Au 31 décembre 2003, le portefeuille à été dimensionné pour permettre à l’échéance des opérations de démantèlement la couverture intégrale de la charge incombant au groupe. Sur la base d’une performance minimale réelle nette après inflation et impôts, attendue de ce portefeuille (de l’ordre de 3,5 %), le groupe prévoit d’atteindre l’égalité, lors de la réalisation des travaux de démantèlement et de conditionnement des déchets, entre le montant de ces travaux lui incombant et la valeur de ce portefeuille
La
valeur du marché 2002 de ce portefeuille était de 1809 M. d’euros et celle
de 2003 de 2009 M. d’euros .
I.6 – Les
pistes pour l’organisation d’après 2006
COGEMA, en tant
que prestataire de services de traitement des combustibles usés, est un
contributeur actif dans le développement et l'exploitation des solutions de
gestion de ces combustibles, notamment dans les actions de mise en place des
stockages pour les diverses catégories de déchets, comme les TFA (mise en
service du stockage en 2003) et, bien entendu, les déchets HAVL.
Comme cela
devrait apparaître techniquement
possible, et si le Parlement le décide, il sera opportun de passer à la
phase de développement du stockage HAVL dès après 2006. Cette évolution
importante pourrait passer par un
"nouveau contrat social", entre
la Société et les propriétaires de déchets. Ce contrat consisterait à
transmettre la responsabilité de gestion des déchets à une entité dédiée
(entreposeur et stockeur) sous contrôle de l'Etat, garant d'un fonctionnement
vertueux du système dans la durée..
Une des clés du
succès d'une telle organisation serait l’accord sur la définition des
colis transférables, dont le
conteneur standard produit par COGEMA constituerait le socle, bénéficiant de hautes performances et d'une assurance qualité éprouvée.
Cette organisation supposerait un
statut de l'ANDRA modifié, dans le sens d'une responsabilisation accrue
(en référence au rôle de pilote de recherche qui est le sien actuellement).
La
recherche sur les déchets ne serait toutefois pas abandonnée après
2006, notamment qui iraient dans ce
sens seraient notamment en ce qui concerne la mise au point du système
nucléaire du futur : la
quatrième génération de réacteurs, dans un contexte international.
II - Débats
II. 1 – Réflexions issues de l’exposé précédent.
Claude
Fischer remercie Philippe Pradel et Jean-Guy Devezaux de Lavergne pour leur
exposé.
Pierre Audigier :
quels sont les "points durs" de la contestation de la gestion des déchets?
comment appliquer le principe ALARA[1]
sachant que les techniques évoluent tout le temps ?
Philippe Pradel :
Le point dur est celui de la contestation qui réside souvent dans la méconnaissance.
Cette contestation trouve pour
une bonne part ses racines dans un "obscurantisme" qui pousse à
entretenir la non-connaissance.
Parmi les autres points, il y
celui de l'impact des rayonnements et des doses induites autour des usines, mais
aujourd’hui, les choses ont bien évolué vers plus de calme et de sérénité..
Le bilan de La Hague sur la dosimétrie a montré que des niveaux de dose
moyenne extrêmement bas, à
savoir une dose quasi-nulle et sans impact sanitaire, encore plus bas que ceux
d’un réacteur nucléaire. Aujourd’hui on reçoit une dose plus importante
de radioactivité en habitant dans un habitat ancien qu’en travaillant
à La Hague.
Enfin, il y a aussi le sujet des
rejets, pour ce point les idées reçues ont été extrêmement
difficiles à combattre, mais là encore les études réalisées ont
montré que l’impact des rejets sur la population était tout à fait négligeable.
Néanmoins ces mêmes
études n’ont pas réussi à empêcher les associations de
manifester. Une fois que la peur existe, on peut difficilement faire marche arrière.
Lorsque certains médias participent à ces peurs, elles sont très
relayées et font beaucoup de bruit. Ce qui nous conduit à réaliser
beaucoup d’études pour mesurer, expliquer et donc rassurer.
En ce qui concerne le principe ALARA, celui-ci est très
proche de la démarche de développement durable qui nous anime par ailleurs. Il
pousse lui aussi au progrès continu.
Jean-Pierre Chaussade faisant
écho aux critiques de Philippe Pradel sur l’obscurantisme de certains
opposants souligne que : notre intérêt n’est pas de mettre en
valeur des oppositions qui ne sont pas si nombreuses que ça. Notre intérêt
est d’être dans une position positive, constructive et de comprendre les
raisons des acteurs. Selon lui, le débat qui s’ouvre doit être
l’occasion de débattre de manière positive et permettre aussi que
l’opinion publique mûrisse. Il ne faut donc pas situer le débat sous
l’angle de l’opposition à un certain obscurantisme. Nous deviendrions
nous-mêmes obscurantistes si nous disons : c’est ça et rien
d’autre ! Les questions
doivent être traitées dans une certaine décontraction.
Philippe Pradel recentre le débat
sur les dangers de l’attente dans le processus de gestion des déchets nucléaires :
Il faut surtout distinguer l’existence de deux
attitudes dans le monde : l’attente irresponsable et l’attente
responsable. L’attente irresponsable, ce sont les pays qui ont décidé de
ne rien faire. L’attente responsable, c’est l’exemple de pays comme la Suède,
la Finlande qui avancent dans la réflexion du processus de gestion de déchets
nucléaires, même s’ils considèrent le plutonium comme un déchet.
Pierre Audigier : Est-ce qu’on est capable de faire un
bilan économique de la filière déchets en y incluant le MOX ?
Philippe Pradel : Concernant le bilan
économique du MOX, c’est une question souvent extrêmement mal comprise.
Le combustible MOX a une valeur équivalente à celle du combustible neuf
à l'uranium qu’il remplace, en rendant les mêmes services.
Lorsqu’on dit que son coût de fabrication est élevé, il faut savoir
qu’il n’est pas plus élevé que celui de l’uranium (il faut en effet
inclure dans le prix du combustible uranium livré en pied de réacteur les matières
et services inclus: uranium, enrichissement…). De plus, il n’existe qu’une
seule usine de fabrication du MOX dont la capacité technique est actuellemnt
supérieure à la capacité administrative. En augmentant la production,
pour satisfaire lma demande, l'économie globale sera améliorée. .. Il faut
savoir aussi que les tendances actuelles du marché de l’uranium ont repris
depuis un an, renforçant notablement la compétitivité du MOX.
Serge Perez et Paul
Rigny s’interrogent sur :
le cycle du plutonium.
Philippe Pradel : Aujourd’hui
nous savons retraiter le MOX et l’équilibre porte sur la quantité de
combustibles traités, sur le recyclage et donc le nombre de réacteurs. Le
stock de plutonium séparé est actuellement très faible (quelques
dizaines de tonnes) et limité au stock outil. Si on traite et on recycle, le
stock total de plutonium peut-être stabilisé, sans recyclage le plutonium
s'accumule dans les combustibles usés. Que deviendra la MOX après ?
Il sera traité à un terme à définir. La perspective est double :
-
techniquement, c’est faisable, il n’existe pas d’impasse
technique,
-
les atouts du retraitement sont multiples (réduction des volumes
et de la toxicité, conditionnement durable, préservation des matières
naturelles).
-
Le meilleur usage du plutonium contenu dans les MOX usés serait
le chargement en réacteurs rapides de quatrième génération, soit vers
2035 à 2040 par exemple.
André Ferron :
Votre argument premier pour le retraitement, c’est en fait la réduction de
volume. N’est-ce pas un peu court ? Selon Jean-Pierre Chaussade, c’est
avant tout le conditionnement et pour Yves Lebars, le volume du stockage ne dépend
pas du volume des colis, mais du dégagement thermique. Alors ?
Philippe Pradel :
Le volume n’est pas l’objectif unique. De nombreuses études montrent
comment des stratégies de traitement et recyclage jouent sur la taille du
stockage. Des travaux d'optimisation restent nécessaires, mais, justement,
c'est le traitement qui permet d'optimiser.
André Ferron : Vous
parlez de 1150 tonnes par an de flux entrant et de 850 tonnes de flux sortant
par an, le stock s’accroît donc de plus de 300 tonnes par an.
L’accumulation va-t-elle s’arrêter ?
Philippe Pradel : C’est
vrai qu’il y a actuellement un certain décalage entre la quantité à
retraiter et le combustible MOX utilisé dans les centrales, ce qui crée une
tendance à l'accroissement des stocks. Les stocks actuels sont voisins de
10 000 tonnes, ils attendront environs 15 000 tonnes en 2020, et les capacités
des piscines sont actuellement parfaitement à même de gérer ces
quantités, très proches au demeurant de ce gérons industriellement
à La Hague.
Serge Perez
s’interroge sur la cohérence d’ensemble (EDF, Areva, CEA), le contrôle
et la mutualisation des fonds et demande : à quel moment libère-t-on
l’industriel de sa responsabilité ? Ne sommes-nous pas obligés de créer
un mécanisme particulier ?
Philippe Pradel : Je
ne vais pas parler de transfert de propriété car ce n’est pas mon sujet.
Mais je pense que l’Agence doit être responsable quelle que soit la
propriété des colis ou déchets.
André Ferron : Le
transfert de propriété et la responsabilité de l’Agence sont-ils nécessairement
liés. Au Canada, les deux sont liés ad vitam eternam, ailleurs comme
l’a montré le dernier exposé d’Yves Lebars, ce n’est pas le cas. Quel
est votre avis sur la question ?
Philippe Pradel :
Il faut sortir de la gestion actuelle. Il faudrait par exemple fixer
un délai sur 30-40 ans de stockage pour l’Andra au-delà duquel la
propriété serait transférée.
Jacques Tamborini :
Attention, il y a deux échelles de temps :
-
50 ans pour le démantèlement et les déchets de basse activité
et vie courte,
-
de plus de 50 ans pour les combustibles pour les déchets de haute
activité et vie longue.
Il ne faut pas mélanger le démantèlement
et le fonds de déchets. Parler du démantèlement et de la gestion des déchets
sont deux choses différentes, deux débats différents, car ce ne sont pas les
mêmes échelles dans le temps et de responsabilité !
Philippe Pradel : La
mutualisation de tous les fonds dans un fonds global me paraît dangereuse car
elle pourrait entraîner une certaine déresponsabilisation. Il faut distinguer
la responsabilité de la gestion des fonds, des responsabilités de gestion
industrielle des déchets ou du démantèlement.
Jacques Tamborini : Il n’existe pas de déchets
de haute activité vie longue dont l’agrément en stockage ait été à
ce jour prononcé par l'ANDRA, le concept de stockage n'ayant pas été
officiellement validé. Un déchet qui sort d’une usine, c’est une spécification
de produit avec un cahier des charges défini.
Il peut par ailleurs y
avoir une différence entre des déchets qui sont destinés au stockage et les déchets
destinés à l’entreposage. Mais, en règle générale,
tous les déchets existants et futurs ont été portés au cahier des charges du
stockage. Le transfert de responsabilité d’EDF, d’Areva et du CEA vers
l’Andra ne se fera pas uniquement avec les spécifications actuelles de
production définies par les producteurs. Il y aura un concept de stockage qui définira
par exemple, pour certains déchets, un suremballage autour.
Un problème que la France
aura à gérer, c’est qu’on a une politique évolutive. A long
terme, on verra (et on agira pour) des évolution des modes de gestion. Notre
boulot, c’est aussi de gérer ça ! Nous, on a une grosse industrie avec
50 réacteurs et cela prend du temps pour étudier tout ça !...
Jean-Guy Devezeaux de
Lavergne : Même si les choses sont différentes entre les productions
sorties et les productions stockées, la COGEMA s’accorde avec l’Andra et
contribue à une connaissance du niveau adéquat des tous les déchets, de
façon à fonder la démonstration de faisabilité du stockage HAVL sur
des bases solides, comme c'est le cas pour les déchets A et TFA.
Brigitte
Bornemann-Blanc pose trois
questions :
-
quels sont les concurrents de la Hague ?
-
quels types de déchets sont produits par l’EPR ?
-
existe-t-il des typologies des déchets différentes selon des opérateurs
concernés ?
-
qui fabrique les containers ?
Philippe Pradel répond
:
- Les principaux concurrents de La Hague sont BNFL qui
sont dans une situation assez difficile tant
économiquement, financièrement que techniquement.
Pour le reste, c’est difficile à dire car la démarche
d’ensemble doit être appréhendée sous l’angle d’étapes, de
paliers. Sinon, nous transférons aussi notre compétence au Japon, mais dans
une logique plutôt partenariale.
- L’EPR devrait permettre de
faire un peu moins de déchets. Un gain de l'ordre de 10% est attendu.
- Les containers sont sous-traités
dans la région de la Hague.
- Pour ce qui concerne, les prix de traitement, nous ne
faisons pas les mêmes prix pour tout le monde. Par exemple, EDF a des
tarifs plus intéressants car ils apportent une quantité importante.
II. 2 – Le projet proposé
par la Commission européenne : l’entreprise commune en Europe.
Claude Fischer : Nous
avons un débat qui se développe plutôt positivement sur le plan
communautaire. Le débat arrive un peu plus dans la sphère publique, avec
la possibilité de faire connaître ce qui s’est dit dans les débats
parlementaires.
Les Entretiens européens
visent à clarifier les débats. Il y a de vraies questions posées par
les opposants qui nous obligent
à travailler et trouver les bonnes réponses. Par ailleurs, nous
aimerions que la population soit plus encline à participer aux débats.
Les Entretiens européens
n’ont pas vocation à mener tout le débat tout seuls, mais à y
contribuer. Ils apportent une contribution originale sur les directives
européennes. M. Lamoureux et la Commission européenne favorisent la possibilité
de choix du nucléaire, alors que l’Europe est vécue comme une contrainte.
Par ailleurs, les Entretiens
européens dédiabolisent les entreprises qui produisent et gèrent
les déchets nucléaires. Ils visent aussi à restituer les efforts
immenses faits depuis 15 ans pour trouver les solutions.
Les Entretiens Européens
2003 ont été reconnus et salués, ceux de 2004 doivent être légitimés.
Nous nous intéressons
directement aux retombées économiques et sociales dans le cadre d’un futur
stockage à Bure. Nous pourrons nous appuyer sur les actions menées
autour et avec la Hague.
Philippe Pradel rebondit
sur les propos de Claude Fischer et propose de visiter La Hague :
Pour ce qui concerne les impacts
locaux, ils sont en effet considérables.
Eric
Chagneau : Attention,
le contexte de Bure est différent de celui de La Hague car
s’il faut donner des garanties avant même la décision sur Bure, il ne
faut pas mettre la charrue avant les bœufs !
Claude Fischer : M.
Lamoureux proposait une entreprise commune en Europe pour la
recherche sur la gestion des déchets nucléaires. Peut-on en faire un projet
plus construit, le proposer pour Bure et en faire un scoop le 26 novembre ?
Jean-Claude
Venchiarutti : La Commission européenne a voulu que la recherche soit
un élément plus politique et une activité de projet intégré. Le chercheur
doit être encadré avec d’autres acteurs pour que la recherche ait plus
d’impact que dans les domaines de pointe. Sinon, il y a aussi la possibilité
d’envisager un « join-entertraining », mais je ne sais pas si
c’est possible. On a quand même des éléments positifs, notamment avec
la Constitution européenne en 2007, un projet européen qui va avoir maintenant
un mandat plus politique. Dans l’article 13, on parle de « co-gestion
entre les pays » en matière d’énergie et d’activité nucléaire.
C’est pour cela qu’on a une démarche de « join-entertraining »
et qu’on essaye d’intérioriser ces problèmes dans le domaine sociétal.
Claude Fischer : propose que la prochaine
réunion se fasse à La Hague à 25 ou 50 personnes en présence des
élus locaux du site de La Hague, des élus locaux de la Haute-Marne et de la
Meuse, des entreprises concernées et de quelques élus européens.
II.3 – Présentation
du sommaire modifié pour la Lettre N°3.
Sortie prévue fin
septembre – début octobre.