Face aux risques climatiques, les 256 participants venus de toute « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural » ont témoigné que « si le nucléaire n’était pas LA solution, il n’y aura pas de solution sans le nucléaire », comme l’a déclaré Gérard Mestrallet, le président de SUEZ. Toutes les grandes entreprises présentes, comme ENEL interdite de nucléaire en Italie, ou E.ON, RWE, l’ont bien compris et ne veulent pas être hors jeu d’un marché de l’électricité en pleine mutation.
Sans atteindre les niveaux de la Chine, de l’Inde, des USA ou de la Russie, les projets en Europe deviennent importants : après la Finlande et la France, la décision britannique de construire 23 centrales au Royaume Uni dans les 10 prochaines années, est un évènement majeur qui va transformer le marché nucléaire européen…
Pourtant, le nucléaire n’est pas reconnu dans le mix énergétique
européen : c’est un choix national, il reste tabou au Conseil, les Etats sont
divisés et son acceptabilité dans l’opinion est fragile.
La Commission
européenne en est consciente et elle prend des initiatives : Dominique Ristori,
directeur général adjoint à la DG TREN, a rappelé le rôle du Forum de
Prague/Bratislava nouvellement créé, la mise en place d’un groupe de Haut niveau
pour la sûreté et la gestion des déchets, qui sont les conditions de base pour
une relance durable, comme l’ont dit Bruno Lescoeur, directeur des Affaires
internationales à EDF, et François-Michel Gonnot, président de l’Andra.
Les participants du colloque souhaitent aller plus loin. Ils ont exploré des pistes pour être plus à l’offensive et donner à l’industrie nucléaire européenne de meilleures chances de développement. C’est nécessaire pour réduire la dépendance énergétique de l’Europe et créer un marché à prix compétitifs ; pour garantir la non-prolifération et l’usage pacifique du nucléaire dans le monde.
Des propositions concrètes ont été avancées :
Walter Hohlefelder, président du Forum
nucléaire allemand, a proposé une académie européenne pour combler le déficit de
compétences, souligné par Jean-Pierre Le Roux, administrateur adjoint au CEA :
35 ingénieurs nucléaires sortent des écoles anglaises pour 9 000 postes à
pourvoir !
instaurer une
procédure d’agrément pour la construction des centrales, unifiée pour toute
l’Europe ou pour les pays qui la souhaitent en coopérations renforcées, ce qui
« rassurera les marchés » pour le financement des centrales,
a expliqué Patrice Lambert de Diesbach, du CIC Crédit Mutuel.
mettre en place des garanties à
l’exportation, comme l’a proposé Rolf Linkohr, président du C.E.R.E.S. pour
mettre l’industrie européenne à égalité dans la concurrence mondiale.
Le débat a souligné le besoin de « contrats à long terme » qui permettraient aux gros consommateurs d’électricité de tirer tout le parti de la production nucléaire et de bénéficier de prix bas. L’audition de Kirill Komarov, directeur adjoint d’Atomenergoprom, venu tout spécialement de Moscou, a montré l’enjeu d’une politique énergétique extérieure de l’Union européenne. La Russie répondra aux appels d’offre comme n’importe quel acteur nucléaire, ce qui – comme en Bulgarie – pourra déboucher sur des coopérations avec les industriels européens. Il a fait part de la politique offensive du président Poutine avec une offre complète concernant le cycle du combustible (de l’enrichissement au retraitement) qui garantit la non-prolifération, une offre dont l’Union européenne ferait bien de s’inspirer pour remplir ses engagements. Dominique Ristori a avancé l’idée de « banques d’enrichissement » pour soutenir ceux qui s’engagent dans le nucléaire civil.
Pour Philippe Herzog, président de Confrontations Europe, si des propositions peuvent aboutir dans le cadre du Traité de Lisbonne, deux handicaps demeurent : l’absence d’un mix énergétique européen et d’une capacité d’action stratégique extérieure : « soit, on donne une compétence à l’Union, soit on avance par coopérations renforcées ». Helmut Schmitt von Sydow a évoqué les travaux et débats en cours à la Commission, qui devraient aboutir aux premiers éléments d’une politique énergétique extérieure en mars 2009. De retour de Londres, Jean-Pierre Jouyet, ministre des Affaires Européennes a insisté sur la priorité de la prochaine Présidence française que constituera la sécurité d’approvisionnement. Les débats sur le nucléaire pourraient s’y poursuivre y compris sur les procédures d’agrément des centrales.
Claude Fischer
Directrice des
Entretiens européens