ACTES
Chambre de commerce
et d’industrie de Paris
« La loi française de 2006 : une
contribution à une politique européenne ? »
2ème table ronde
Conclusions
Ouverture
Claude Fischer, directrice
des Entretiens Européens – Je suis heureuse de vous accueillir pour
participer à ce débat sur un sujet toujours aussi difficile en France – et ce
malgré le débat public organisé par le gouvernement durant quelques mois
précédant le vote de la loi – et en Europe : celui de la gestion des
déchets nucléaires. Il est vrai que Confrontations Europe et les
Entretiens européens ont l’habitude de la difficulté, et je peux vous dire
que l’Europe est devenu un sujet presque aussi tabou dans notre pays depuis le
referendum et le rejet par les Français du traité constitutionnel. François
Lamoureux, auquel je rends hommage et qui nous a quittés cet été après avoir
tant œuvré pour élaborer un cadre européen, ou une directive sur la gestion des
déchets, parlait de notre entêtement à débattre de ces sujets… J’ai parfois
l’impression que nous pratiquons de « l’acharnement
thérapeutique » ! Nous en sommes en tout cas à notre quatrième
rencontre sur ce thème, après Nogent, Bar-le-Duc et Reims, et nous sommes
contents d’animer ce nouveau débat public à Paris, qui est le premier après le
vote de la loi.
Ce qui nous réunit cette fois,
c’est en effet la loi de 2006.
Dans une première partie, nous
demanderons aux acteurs français qui ont participé activement à son élaboration
– nous avons ici un député, un sénateur, un représentant des producteurs de
déchets avec EDF, un syndicaliste de
Nous examinerons dans une
deuxième partie les réactions de nos amis européens et américain et les
interrogerons sur leur perspective nationale mais aussi sur la possibilité
d’une politique européenne en la matière dans un contexte international en
pleine évolution.
Nous sommes face
à la proposition du président Poutine d’installer en Russie un centre
international de stockage géologique en profondeur, qui risque de prendre à
contre-pied l’Europe dans ses efforts pour que chaque Etat développe sa propre
recherche et crée son centre de stockage des déchets les plus dangereux. Qui
empêchera en effet les petits pays de stocker en Russie ? Or on imagine
tout ce que cela implique pour l’indépendance énergétique – et donc notre
sécurité d’approvisionnement – au vu des chantages que le gouvernement de ce
pays est capable d’exercer. L’Europe peut et doit envisager une coopération
avec
Comment va-t-elle
se comporter ? Il y a bien quelques initiatives de
Du moins le débat informel et
libre que nous allons avoir aujourd’hui sera-t-il utile pour faire du lobbying,
dans le bons sens du terme, auprès de
1ère
table ronde : La loi de 2006 : Qu’en pensent les acteurs
français ?
Sous la présidence de Rolf
Linkohr, président du C.E.R.E.S. (Center for European Energy Strategy)
Avec Bernard
Dupraz, directeur général adjoint Production Ingénierie, EDF ;
François-Michel Gonnot, député et président de l’Andra ;
Bruno Sido, sénateur et président du Conseil général de
Rolf Linkohr, président du
C.E.R.E.S. – Avant de laisser la parole à de plus grands experts, je
ferai quelques brèves observations sur la nouvelle loi française. En premier
lieu,
François-Michel Gonnot, député,
président de l’Andra – Comme vous l’avez souligné, la loi de 2006 nous
dote d’un agenda et elle maintient les trois axes de recherche de la loi de
1991, même si le stockage est la solution privilégiée, avec son option de
réversibilité.
Cette loi est l’aboutissement
d’un an de dialogue et d’évaluation scientifiques parallèlement à l’expression
des populations sur l’ensemble du territoire et pas seulement par ceux qui sont
intéressés le plus directement par la gestion des déchets. Je remercie Les
Entretiens européens d’avoir pris l’initiative de ce colloque car il
nous faut accompagner la mise en place de la loi et pour cela, continuer à
construire une relation de confiance avec l’ensemble de l’opinion.
En tant que
président de l’Andra plutôt que comme parlementaire, je m’attacherai à retracer
les grandes évolutions entre la loi de 2006 et la loi de 1991. Cette dernière
fixait des axes de recherche sur les déchets à haute activité à vie longue
(DHAVL) uniquement ; la loi de 2006 porte sur la gestion durable de tous
les déchets et matières radioactives. Ensuite, elle donne des compétences
nouvelles à l’Andra, créée par la loi de 1991, notamment sur d’éventuelles
capacités supplémentaires d’entreposage au delà de 2015, car l’Andra ne va pas
assurer aujourd’hui la gestion des matières entreposées actuellement par EDF et
le CEA ou Areva. Elle lui confie également de nouvelles missions de service public
sur la gestion des déchets radioactifs « orphelins » plus ou moins
dangereux et pour faire valoir notre savoir faire à l’international. Enfin, la
loi prévoit de nouvelles dispositions pour le financement, qui ne sera plus
assuré par des conventions annuelles ou pluriannuelles avec les producteurs de
déchets, mais par un Fonds de recherche géré par l’Andra et alimenté par une
taxe sur les INB (les installations nucléaires de base) et dont le taux
sera fixé chaque année en fonction des besoins pour la recherche. S’y
ajouteront quelques fonds publics pour assurer les missions de service public
que sont l’inventaire (confié à l’Andra) et la gestion des déchets orphelins.
La
loi fixe de grandes échéances : 2013 pour la mise en service du stockage
des déchets graphites et radifères ; 2015 pour un nouveau bilan des
recherches et la demande d’autorisation de stockage réversible en couche
profonde ; 2025 pour le démarrage de l’exploitation de ce stockage
géologique.
J’insiste enfin sur une
originalité de la loi française. Pendant toute la phase de débat public, nous
avons beaucoup observé ce qui se faisait ailleurs, et la procédure que nous
avons retenue tient compte de plusieurs expériences réussies. Certes, notre
procédure d’autorisation d’un centre de stockage est lourde, plus lourde bien
sûr que pour une installation industrielle quelconque. Mais elle tient compte
des populations, notamment des populations directement concernées, renvoie à la
loi, et prévoit l’organisation d’un nouveau débat public par
Bernard Dupraz, directeur
production ingénierie EDF – EDF est un producteur d’électricité
largement nucléaire, et a vocation à l’être durablement en Europe. Rappelons
d’abord le contexte, c’est-à-dire une évolution brutale en quelques années, de
l’insouciance des années 1990 – quand, avec un baril à 15 dollars, The Economist
pouvait titrer en mars 1999 « Noyés dans le pétrole » – à une
situation où, structurellement, l’énergie est rare, précieuse et chère, avec
des prix des hydrocarbures volatiles de moins de 60 à plus de 70 dollars le
baril. Le débat désormais n’est plus de savoir s’il y aura bien un peak oil,
mais si ce sera dans une ou deux décennies. En tout cas, la certitude d’une fin
relativement proche est partagée par les compagnies pétrolières.
En Europe, la
production d’électricité devra augmenter de 600 gigawatts d’ici 2030, en grande
partie pour renouveler le parc, en partie aussi pour répondre à la demande de
consommation, malgré les économies d’énergie. Or ce volume de 600 gigawatts
correspond à l’ouverture d’une installation de cycle combiné au gaz chaque
semaine ou d’une centrale nucléaire chaque mois. Il faudra donc, si l’on ose
dire, faire feu de tout bois et d’abord recourir aux économies d’énergie.
Désormais, les certificats blancs obligent les producteurs à fournir un certain
nombre de terawattheures, faute de quoi ils acquittent une taxe, et c’est une
excellente mesure. On peut aussi se réjouir de ce que le débat entre énergies
renouvelables et nucléaire soit aujourd’hui dépassé. Ainsi EDF va consacrer 3
milliards sur cinq ans aux énergies renouvelables – dans l’éolien – soit le
même montant que pour l’EPR de Flamanville. D’autre part, le charbon restera
une source incontournable pour la production d’électricité, avec toutes les
questions sur les émissions de CO2, dont la séquestration est
envisageable plutôt dans 20 ou 30 ans que dans les années à venir.
Dans ce contexte, le
nucléaire, sans être la solution, est une solution également incontournable,
comme on l’a compris en Asie, aux Etats-Unis et en Europe. Ainsi
- De la loi du 28 juin sur la
gestion des déchets, je retiens d’abord la méthode : c’est la
première fois qu’une loi est votée après un débat public – et il m’est plus
facile de dire en octobre 2006 que fin 2004 que c’est là une excellente chose,
car EDF s’inquiétait quand même de ce mélange de démocratie participative et de
démocratie parlementaire. Passés quelques instants de doute et une polémique
fugace, il apparaît aujourd'hui que ces deux approches se complètent
parfaitement. Je tiens à rendre hommage à
Quels sont, du point de vue
d'EDF, les autres points saillants de la loi du 28 juin 2006 ? En premier
lieu, le texte est complet en ce qu'il traite de l'ensemble des déchets
nucléaires sans exception. A ce jour, il n'existe pas de solution pour les
déchets radifères et graphites ; la loi dispose qu'il faut en trouver une pour
ceux-là aussi.
Ensuite, les trois axes définis
dans la loi de 1991 sont réaffirmés et l'acquis de quinze années de recherche
est pris en compte, ce qui est important pour construire la confiance. De même,
le législateur fixe un calendrier dans la continuité de la loi Bataille, avec
un nouveau rendez-vous législatif en 2015 et un objectif à 2025.
Le texte traite aussi de la
sécurisation financière de la gestion des déchets nucléaires. La question
de savoir qui financera cette gestion est revenue de manière récurrente au long
du débat public. La loi dispose que le prix de vente du kilowattheure doit
tenir compte des actifs dédiés, à savoir 1,5 milliard d'euros par an, dans
l'optique de constituer une réserve de 15 milliards. Ce n'est sans doute pas le
meilleur placement financier qu'on puisse imaginer, mais c'est le prix de la
confiance. Du point de vue d'EDF, c'est donc un bon choix, qui favorise l'acceptation
du nucléaire.
Enfin, la loi demande une
implication accrue des industriels. Comme le CEA et Areva, EDF a été
aiguillonnée par les élus locaux, le Gouvernement et les pouvoirs publics en
général, qui nous ont invités non seulement à nous impliquer financièrement
comme le prévoyait la loi de 1991, mais aussi à nous impliquer dans le
développement local. Ce n'est pas facile, mais nous le faisons par trois voies.
D'abord, en développant la biomasse, les biocarburants et la cogénération ;
nous avons notamment des projets de gazéification du bois et nous répondrons
prochainement à des appels d'offres relatifs à la production de biomasse par ce
biais. Ensuite, par le renforcement de l'efficacité énergétique ;
La loi du 28 juin 2006 est donc
exemplaire et, parce qu'elle s'inscrit dans la durée, elle renforce la
confiance, sans illusion ni naïveté. Nous disposons de dix ans pour consolider
la politique ainsi décrite. C'est la volonté qui nous anime.
Alain Vassaux, secrétaire
de la branche Secteur énergie atomique, CGT Mine-Energie –
Par cette approche, nous avons
touché du doigt ce que pourrait être une politique énergétique européenne dans
ses différents volets et plus particulièrement pour ce qui concerne la gestion
des déchets nucléaires, démarche qui aurait tout son sens au moment où l'Union
européenne s'élargit à de nouveaux pays
membres qui utilisent l'énergie nucléaire. Sur un plan général,
La loi du 28 juin 2006 permet de
mieux comprendre le schéma des intervenants et traite de tous les déchets produits.
Tout irait bien si les
incertitudes relatives aux réacteurs du futur étaient levées, qu'il s'agisse du
financement de la recherche ou de l'extension des moyens humains associés.
Le président de
Pour
ce qui concerne la recherche sur le stockage en couche géologique profonde,
La notion de réversibilité a fait
l'objet d'un large débat. Laissons du temps au temps… La recherche sur le
stockage a défini des exigences de confinement poussées et, si cette solution
est retenue, la technologie laissera aux générations futures le temps de
décider des choix. Mais le prolongement de la période de recherche doit être
l'occasion d'une rencontre entre tous – industriels, élus, population – car
chacun doit pouvoir réellement connaître le projet et les réponses apportées en
matière de sécurité et plus particulièrement de confinement. Communication et
explications doivent être de règle.
Je terminerai par quelques commentaires
sur divers autres points. En premier lieu, le contrôle de l'application de
cette loi par la représentation nationale est indispensable. Il ne peut
être aléatoire, et doit permettre un débat permanent. En particulier, le
mécanisme de taxes additionnelles qui a été choisi, complexe, demandera un
suivi rigoureux. Ensuite, si l'on veut que l'axe de recherche « séparation
et transmutation » aboutisse à un résultat, un engagement important de
l'industriel de référence et du producteur est nécessaire. D'autre part, les
dispositions relatives à la taxe d'accompagnement ne peuvent rester à l'état
d'intention ; elles doivent trouver une traduction concrète efficace.
Je ne conclurai pas sans
souligner que l'application de cette loi, comme pour tout ce qui concerne la
politique énergétique, ne peut se faire que dans le cadre global d'un pôle
public. Enfin, mon propos serait incomplet si je passais sous silence le
volet social. En effet, la filière « déchets », à laquelle nous associons
l'assainissement et le démantèlement, est une filière exigeante en matière de
sécurité et de conditions de travail. Elle doit offrir à ses salariés un statut
de haut niveau. Nous dénonçons la situation actuelle, qui est loin d'être
satisfaisante.
Bruno Sido, sénateur et
président du Conseil général de
Trois discussions se sont
déroulées au Parlement. Au cours du débat sur le projet de loi d'orientation
sur l'énergie, a notamment été réaffirmée la nécessité d'aller vite pour
réduire les émissions de CO². J'ai ensuite été rapporteur, au Sénat, du
projet de loi relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire,
dont certains pensaient qu'il aurait dû être discuté en même temps que le projet
de loi de programme relative à la gestion durable des matières et déchets
radioactifs. Le Gouvernement a préféré présenter deux textes distincts,
heureusement dans le bon ordre. Pour les deux textes, l'urgence a été déclarée.
Je rappelle qu'il n'y avait pratiquement aucun corpus législatif relatif au
nucléaire en France, et qu'il était grand temps de fixer un cadre à cette
industrie puissante. La loi était également nécessaire pour assurer la
transparence et la sécurité sans lesquelles l'acceptabilité ne peut être
garantie.
J'évoquerai les aspects
politiques de la loi relative à la transparence et à la sécurité en matière
nucléaire, promulguée en juin dernier. Le texte affirme quelques principes
forts : le respect de l'environnement et de la santé des personnes d'une part, la
responsabilité des générations actuelles à définir des solutions d'autre part.
J'observe que l'on a repoussé le problème bien trop longtemps. On savait
pourtant que l'industrie nucléaire est productrice de déchets, et que la
section située en bas à droite du tableau des éléments périodiques dressé par
Mendeleïev ne cesse de s'étoffer. Il aurait fallu traiter la question dès 1974,
en lançant la filière ; les solutions auraient alors été plus facilement mises
en œuvre.
D'autre part, le texte sur la
gestion des matières et déchets radioactifs interdit le stockage en France de
déchets nucléaires en provenance de l'étranger.
Il était absolument nécessaire de
poser ces principes, et il était tout aussi nécessaire de prévoir un calendrier
d'application, ce qui a été fait. Cependant, une ambiguïté demeure, car si
l'on dit ce qui doit être fait, on ne dit pas comment y parvenir. Comment
procédera-t-on après l'arrêt du réacteur Phénix ? Irons-nous faire nos
expériences en Russie ?
Je ne reviendrai pas sur la
question du stockage, mais c'est en ma qualité d'élu local que j'évoquerai
l' « entreposage définitif » pour souligner qu'il doit être
assorti d'un accompagnement économique renforcé. Ce n'est pas dans le désert
du Nevada que l'Andra envisage un stockage en couche géologique profonde. Les
producteurs de déchets doivent donc prendre l'engagement de développer une
industrie locale de nouvelle génération. Enfin, la sécurisation des
financements est indispensable.
Je résumerai la loi en disant
qu'elle est très volontariste et qu'à cet égard nous sommes très en avance sur
les autres nations européennes et sur les Etats-Unis. Le texte institue
définitivement la consultation, ce qui était indispensable. Il est tout aussi
important que les recherches qui se poursuivent soient validées par une
évaluation nationale mais aussi internationale – c'est un élément rassurant.
Mais le nouveau texte introduit
aussi de grandes modifications. En effet, on ne parle plus que d'un seul
laboratoire et, partant, d'un seul lieu de stockage éventuel, ce qui est facteur
de grandes pressions sur la population et sur les élus. Je salue la
présence dans la salle de deux maires, directement concernés, et qui seront
plus exigeants que jamais sur l'accompagnement, la sécurité et la
réversibilité. Là, quelque chose a été raté ! François-Michel Gonnot l'a dit,
la loi privilégie la solution du stockage – l'axe « conditionnement »
a d'ailleurs été abandonné. Enfin, le texte évoque certes la réversibilité,
mais un nouveau rendez-vous législatif est fixé à 2015, et nul ne sait ce que
sera le contenu de la future loi.
On me fera sans doute observer
qu'il n'est guère question de l'Europe dans ce texte, hormis, je l'ai dit, pour
affirmer l'interdiction du stockage de déchets en provenance de l'étranger. C'est
que l'enjeu est tel que les Etats n'accepteront pas de se dessaisir de la
politique de gestion des déchets nucléaires au bénéfice de l'Union. La
nouvelle loi était nécessaire, car elle institue une méthode et un calendrier.
Il faut maintenant banaliser le nucléaire en France, ce que le drame de
Tchernobyl ne facilite pas. C'est un vaste chantier, à peine abordé, que de
rendre le nucléaire acceptable. Tous les acteurs doivent être appelés à la
rescousse, qu'ils soient chercheurs, philosophes ou politiques. Puisque les
ressources fossiles finiront pas être toutes consommées, ne resteront que les
énergies renouvelables, dont l'énergie nucléaire, produite par des centrales à
neutrons rapides. L’avenir est au nucléaire, mais un nucléaire acceptable,
« sociabilisé ». Sans cela, on ne fera rien.
Rolf Linkohr – Nous allons
consacrer un moment à des questions très précises sur ces interventions, le
débat général ayant lieu ensuite après la présentation des exemples étrangers.
Emmanuel Horowitz, chargé de mission EDF – Qu’entend M. Sido par « entreposage
définitif » ?
Robert Toulemon, ancien
directeur général à
Yves Demanet, secrétaire général CGT Melox – Monsieur Vassaux, pouvez-vous préciser votre
pensée sur un statut pour le démantèlement et l’assainissement ? Il y a
actuellement des choses inacceptables.
René Gerun – S’agissant du
nucléaire militaire, peut-on avoir confiance dans la gestion des déchets ?
Ils sont couverts par le secret. Comment les traiter ?
Rolf Linkohr – On parle
beaucoup de « durabilité ». Le fait de gérer ses déchets fait-il
du nucléaire une énergie durable ? Dans des pays comme l’Allemagne, ce
qualificatif n’est utilisé que pour les énergies renouvelables. Prouver que le nucléaire
est « durable » serait très utile pour le faire accepter par
l’opinion.
Bruno Sido – Il faudrait
demander à l’auteur de la formule ce qu’il entend par « entreposage
définitif ». A partir du moment où l’on produit des déchets et où la
période de refroidissement est de 60 ans, il faudra bien, pendant ce temps, les
entreposer quelque part. La question qu’on s’est posée est de savoir, s’ils
sont entreposés dans de bonnes conditions pendant cette période, si on ne peut
pas la prolonger, et peut-être de façon définitive, à l’échelle humaine
s’entend. C’est une question à soumettre au débat public.
Pour ce qui est du caractère
national de la politique énergétique, on aura beau tenir des discours
incantatoires sur une politique européenne,
Enfin, la loi sur la transparence
traite de la question des déchets militaires. L’Andra doit la suivre avec une
commission spéciale. Mais ils ne sont pas couverts par le secret défense.
Bernard Dupraz – Le coût
du démantèlement des centrales et celui de la gestion des déchets sont bien
pris en compte dans le coût de production lorsqu’on annonce 46 euros par
gigawattheure pour l’EPR. Ensemble, ils en représentent 6 % à 7 %.
On a évoqué un espace
électrique européen. EDF en est l’un des plus chauds partisans car, en raison
de la situation géographique de
Alain Vassaux – Concernant
le démantèlement, le lien entre entreprises donneurs d’ordre et entreprises
prestataires de services pose problème. Chacun a entendu parler des « nomades
du nucléaire ». Il est évident que dans l’ensemble des entreprises
interviennent des sous-traitants, y compris parfois de troisième rang pour
Areva. Ce que nous dénonçons, c’est la recherche permanente de la diminution
des coûts qui amène des salariés à travailler dans des conditions sociales
inacceptables. Peut-on accepter que des salariés dorment dans leur voiture
ou dans des bus, des baraquements ? Qu’on comprime sans cesse les coûts
salariaux et qu’on fasse peser comme une épée de Damoclès la suppression des
primes lors du renouvellement d’un contrat ? Cela existe pourtant, et
donne une mauvaise image du nucléaire. Nous-mêmes, qui défendons le nucléaire,
sommes pris en défaut à cause de cela. Il
faut donc y réfléchir. Demain, il faudra démanteler les premières centrales
à graphite ; Areva et le CEA ouvriront de grands chantiers. Nous serons dans un
rôle pilote, et l’on nous observera. Si la situation que j’ai décrite perdure,
ce sera dommageable. Ce que nous proposons, c’est qu’il y ait un statut correct
de la filière démantèlement-assainissement alors que la situation actuelle est dénoncée par tous. Ce que
nous souhaitons, ce n’est pas nous opposer, mais c’est être constructifs pour
que le nucléaire soit acceptable, crédible. Cela passe aussi par les hommes.
François-Michel Gonnot –
Les déchets radioactifs, qu’ils soient produits par des gens en bleu de travail
ou en treillis, sont toujours des déchets. L’Andra gère donc les déchets à vie
courte qu’ils soient de provenance militaire ou civile, mais elle le fait à
deux conditions : que ces déchets soit clairement caractérisés, car
nous ne gérons que ce que nous connaissons, et que nous approuvions leur
conditionnement. Toujours avec ces deux exigences, nous envisageons
d’inclure dans le stockage géologique profond le combustible usé des
sous-marins nucléaires. Quant à des sites militaires abandonnés où il y aurait
des déchets nucléaires, je n’en connais pas. Dans l’inventaire national que
l’Andra rédige avec l’ensemble des producteurs, nous répertorions les déchets
et matières radioactives militaires, comme vous pouvez le vérifier sur
notre site internet, avec actualisation tous les trois ans.
Le nucléaire est-il une énergie
renouvelable et durable, a demandé Rolf Linkohr ? Le nucléaire certes,
comme les énergies renouvelables, est moins dommageable pour l’environnement
pour ce qui est de la production de CO2. Mais le combustible
usé est un minerai fossile. Le nucléaire de demain, qui fonctionnera
pratiquement en vase clos, sera d’une certaine façon une énergie renouvelable. Sera-t-il
durable ? Honnêtement, il le sera si nous réglons trois problèmes – celui
de la sûreté, que nous maîtrisons dans les grandes démocraties, celui de la
prolifération, qui est de dimension internationale, et celui de la gestion des
déchets. Si ces trois questions sont réglées – et la gestion des déchets,
sur laquelle l’opinion pense que nous avons le plus à faire nos preuves, est
particulièrement lourde – alors le nucléaire civil sera une énergie durable.
Rolf Linkohr – Je souscris
à cette opinion, et nous avons d’ailleurs mis cette question à l’ordre du jour
de notre conférence de Berlin.
Nous passons maintenant à la
deuxième partie de notre débat.
2ème table ronde :
Sous la
présidence de Claude Fischer, directrice des Entretiens européens
Avec Paul
Golan, directeur adjoint en chef de l’Office de gestion des déchets
nucléaires civils, département de l’Energie, Etats-Unis ; Robert
Leclère, administrateur délégué de Synatom, filiale d’Electrabel Suez,
Belgique ; Jeremy Rycroft, directeur de la branche Service
combustibles usés, British Nuclear Group, Royaume-Uni ; Timo
Seppälä, directeur de la communication, Posiva Oy, Finlande.
Claude Fischer
– L’Europe est un sujet bien difficile de nos jours : quand même nos élus
nationaux n’abordent pas l’Europe comme un espace qui devrait se doter de
politiques communes en cohérence avec la réforme de nos politiques nationales,
un espace pertinent qui pèse dans le contexte de mondialisation.
Bruno Sido nous a dit que la
politique énergétique était d’abord
nationale. Pour notre part, nous
travaillons à l’idée d’une politique
énergétique européenne – qu’on se
réfère
au colloque européen de Confrontations Europe organisé en
partenariat avec EDF
sous le parrainage de
Rolf Linkohr a
mentionné la possibilité d’une plate-forme technologique. François Lamoureux
avait même rêvé d’une entreprise commune. Est-ce une utopie ou peut-on
mutualiser les fonds sur trois axes de recherche, ce qui suppose une politique
commune ?
J’interrogerai nos amis européens : à vos
yeux, la loi française est-elle un modèle ? On s’est fait plaisir en
évoquant la procédure démocratique. Reste que nous avons un seul site, et un
seul centre de stockage éventuel. La loi française sera-t-elle utile pour faire
évoluer la loi de votre pays ? Est-ce un atout pour une politique
européenne, pour élaborer un cadre européen de gestion des déchets
nucléaires ?
Voir les slides présentés par Robert Leclere
Robert
Leclère, administrateur délégué de Synatom, Belgique – Synatom
est la filiale de Suez Electrabel qui gère, en amont et en aval, le cycle du
combustible ainsi que les provisions pour le démantèlement des centrales et la
gestion des déchets, soit un montant de 4,3 milliards. La loi de 2006 nous
intéresse d’autant plus que Suez voudrait être un acteur du nucléaire en
France, mais aussi pour comparer son approche avec celle de
S’agissant des
lignes directrices de la loi française, je ne reviens pas sur la première, qui
porte sur un programme de recherches en trois axes. En revanche, je souligne
qu’une spécificité française est de fixer des échéances pour trouver des
solutions, tandis qu’en Belgique, la loi donne à l’Ondraf, équivalent de
l’Andra, une mission générale de gestion à long terme avec description des
caractères techniques et économiques des actions engagées, sans fixer
d'échéance. Je pense que le législateur belge a ainsi voulu tenir compte
des incertitudes liées à la recherche, considérant qu'une date ne peut être
qu'un objectif et que s'il est bien d'en fixer une, encore faut-il pouvoir la
respecter. Quand à la réversibilité, elle n'est imposée à ce jour que pour les
déchets à faible activité à courte durée de vie.
Il est fondamental que chaque
pays se dote d'un plan national de gestion des déchets. En Belgique, l'Ondraf tient un inventaire permanent,
et le traduit en termes financiers de manière que le ministre de l'Economie, auquel il est fait rapport
tous les cinq ans, puisse s'assurer que les ressources nécessaires aux opérations de déclassement et
d'assainissement sont suffisantes. Un nombre important de petites sources
nucléaires sont utilisées, à des fins médicales par exemple, et il faut être
certain que ces installations seront, elles aussi, démantelées et que ce
démantèlement est financé.
Le retraitement du combustible
nucléaire usé a lieu depuis de longues années à
Par ailleurs, alors que
En Belgique comme en France, les
provisions pour le démantèlement ont fait l'objet d'une loi.
S'agissant enfin du régime
juridique, je note qu'il n'est pas prévu, en France, de transfert de propriété
juridique vers l'Andra, puisque l'article 2 de la loi du 28 juin 2006 dispose
que « les producteurs de combustibles usés et de déchets radioactifs sont
responsables de ces substances, sans préjudice de la responsabilité de leurs
détenteurs en tant que responsables d'activités nucléaires » – formule qui
ne me semble d'ailleurs pas d'une parfaite limpidité… En Belgique au
contraire, le producteur ne détient plus de déchets ; il y a transfert de
propriété vers l'Ondraf, Synatom ayant la responsabilité de faire que
l'Ondraf soit correctement alimentée dans 30, 40 ou 50 ans.
En conclusion, trois points
méritent, selon nous, d'être éclaircis : les échéances ; le fait de savoir s'il
vaut mieux une taxation ou, comme nous le pensons, un conventionnement ; la
question de la propriété des déchets.
Jeremy Rycroft, directeur
de la branche Service combustibles usés, British Nuclear Group, Royaume-Uni – La
législation relative à la gestion des déchets nucléaires est plus développée en
France qu'au Royaume-Uni, où elle date de 1995. La loi anglaise traite du
stockage en couche géologique profonde pour
les déchets de moyenne activité, mais s'il est prévu que les déchets de haute activité doivent être stockés cinquante ans,
rien n'est dit du sort qui leur sera fait ensuite. Il avait
bien été prévu de les stocker aussi en couche géologique profonde mais on y a
renoncé en 1996.
Le Comité sur la gestion des
déchets radioactifs (CoRWM) a été installé en 2003. Après avoir mené de
larges consultations, il a rédigé un rapport rendu en juillet 2006 au
gouvernement, lequel semble vouloir suivre ses recommandations et presser
nettement le pas pour ce qui concerne la gestion des déchets nucléaires. En
effet, le Premier ministre s'est prononcé en faveur de la construction de
nouvelles centrales, et l'absence de politique de gestion des déchets entrave
sa démarche.
Le Comité considère que le stockage
en couche géologique profonde constitue la meilleure approche. Il n'évoque pas
la réversibilité, estimant qu'un stockage définitif est ce qu'il y a de plus
sûr au regard des menaces que font peser le terrorisme, les conflits et les
changements environnementaux, et l'estimant plus fiable que l'entreposage en
surface.
En attendant que soit mis en
œuvre le stockage en couche géologique profonde, le Comité est d'avis qu'il
faut renforcer le stockage intérimaire, prévu pour durer une centaine d'années,
en attachant le plus grand soin à la sûreté des installations et en évitant,
autant que faire se peut, des centres régionaux ou centraux pour ne pas
multiplier les transports de déchets. A cette fin, il considère que, dans
certains cas, les déchets pourraient être stockés près des centrales
nucléaires, même en sub-surface.
Le Comité recommande
l'intensification de la recherche tant sur le stockage définitif que sur le
stockage intérimaire. Il souligne que d'autres solutions sont peut-être
possibles, tel le forage de puits très profonds assortis de tunnels, et que la
recherche peut faire apparaître d'autres possibilités au cours des cinquante
ans à venir.
Soulignant
que le démantèlement des réacteurs arrivés en fin de vie obligera à en stocker
les déchets ainsi que l'uranium et le plutonium usés, le Comité suggère que, si
la population l'accepte, ces déchets soient stockés localement. A cet égard, il
insiste sur les vertus de la transparence.
On voit qu'il n'y a pas de grande
différence entre le système adopté en France et les recommandations du CoRWM,
si ce n'est que le Comité plaide en faveur du volontariat des collectivités
locales – selon le schéma en vigueur en Scandinavie – et insiste sur la
nécessité d'une décision prise dans un partenariat réel, facilité par l'octroi
de fonds aux collectivités concernées. Il considère aussi que toute
collectivité ayant donné son accord à l'implantation d'un site doit pouvoir
revenir sur sa décision jusqu'à une date butoir.
D'autres éléments de politique de
gestion des déchets figurent dans les recommandations du Comité. Comme c'est la
règle en France, les déchets provenant de l'étranger retraités au Royaume-Uni
ne peuvent y être stockés ; toutefois, cette disposition ne s'applique pas aux
déchets retraités avant 1976, le retour dans le pays d'origine n'ayant pas été
prévu dans les contrats passés à l'époque.
Les provisions devant servir au
financement des démantèlements sont versées à une Agence, mais le mécanisme
fait agir des entreprises privées. La preuve doit être apportée que les
provisions sont bien constituées, et qu'elles sont suffisantes.
S'agissant du rôle de l'Europe dans la politique de gestion des déchets
nucléaires, on ne s'étonnera pas
d'entendre que le Royaume-Uni préférerait un système point trop prescriptif…
Volontariat des collectivités mis
à part, une autre différence entre l'approche française et l'approche
britannique est que nous sommes moins intéressés par la
séparation-transmutation, qui ne nous convainc pas. Enfin, la loi française
entre dans de grands détails sur des mécanismes très compliqués. Mais, dans
l'ensemble, les deux approches ont beaucoup de points communs.
Ce sont ces points communs qu'il
faudra rechercher si l'on souhaite définir une politique européenne de gestion
des déchets nucléaires, puisque la superposition parfaite des points de vue
sera impossible à obtenir, les différences étant trop grandes entre les pays
scandinaves, les pays méditerranéens et les pays tels que
C'est un bon signe que M. Chirac
et M. Blair aient décidé de créer un Forum franco-britannique sur l'énergie
nucléaire. Je compte faire rapport au ministère sur la tenue de ce
colloque, et suggérer que la gestion des déchets nucléaires figure à l'ordre du
jour des travaux du Forum.
Timo Seppälä, directeur de
la communication, Posiva Oy, Finlande – Posiva Oy est
l'entreprise chargée, en Finlande, de procéder au stockage des déchets
nucléaires en couche géologique profonde. Nous en sommes à la phase de
préparation du site choisi, la demande d'autorisation d'exploitation devant
être présentée au gouvernement en 2015 et le stockage définitif commencer en
2020. Mais, avant d'en arriver à la sélection du site, vingt années
d'enquêtes et de recherches ont été nécessaires.
J'en viens à la comparaison des
politiques française et finnoise de gestion et de stockage des déchets
nucléaires.
Sur le plan stratégique, les
deux pays, France et Finlande, préparent un stockage définitif, et ont adopté
le même principe de réversibilité. La différence est que
Sur le plan juridique, dans les
deux pays les opérateurs nucléaires sont responsables des déchets qu’ils
produisent et l’importation de déchets étrangers est interdite ; tout
comme l’exportation pour
Sur le plan financier, c’est sur
les bénéfices des opérateurs nucléaires que le stockage est financé, par
exemple en Finlande par un Fonds géré par le ministère de l’Industrie.
Pour ce qui est du choix du site
de stockage définitif, les deux pays ont un calendrier précis :
Une différence tient au statut
du débat public : la loi finlandaise n’en fait pas une obligation
comme en France, où l’on a créé des organismes spécifiques pour l’organiser. Il
s’est fait sur une base volontaire entre les municipalités candidates et les
opérateurs.
Pour résumer de façon plus
globale la comparaison entre les stratégies menées dans les deux pays, on
constate d’abord que tous deux ont adopté une politique et une législation bien
définies au niveau national, la responsabilité de la gestion et le
financement de ses coûts incombant dans les deux cas au producteur de déchets
en application du principe du pollueur-payeur. Mais en France, la loi qui
organise une stratégie, ensuite déclinée au plan territorial et local, confie à
un groupement d’intérêt public de couvrir y compris les questions du
développement économique régional et de la diffusion des technologies. En
Finlande, le volontariat est la règle et sont donc concernés ceux qui auront à
gérer le stockage final et les autorités locales du site. Contrairement à
De l’expérience finlandaise,
on peut donc retenir avant tout l’importance de l’acceptation au niveau local
des choix de stockage définitif, la municipalité ayant d’ailleurs un droit de
veto. En
pratique, c’est dans les deux municipalités candidates
où des
installations nucléaires étaient déjà
présentes qu’on a obtenu l’adhésion de la
population, alors que dans les deux autres villes candidates qui
n’avaient pas
cette tradition, la population n’a pas été
favorable. En ce qui concerne le
choix, il a été plus large en Finlande qu’en
France, puisque deux
municipalités, qui abritaient déjà des centrales
nucléaires, étaient en
concurrence entre elles pour devenir le site de stockage et
l’entreprise a eu à
en choisir une. Cette expérience confirme également
qu’il est plus facile
d’informer au niveau local qu’au niveau national, la
population d’une petite
communauté que le pays dans son ensemble. En outre, il est plus facile de
communiquer avec des gens qui sont déjà familiarisés avec le nucléaire et qui
abordent la question avec confiance. En revanche, au vu des sondages
effectués en Finlande, je doute qu’il soit possible d’informer correctement
l’ensemble de la population d’un pays sur un sujet comme la gestion des déchets
et leur stockage, et de créer le climat de confiance nécessaire.
Enfin, un facteur
important à souligner dans le cas finlandais, c’est l’engagement politique
précoce sur cette question des déchets, puisqu’elle a été abordée dès 1983.
C’est alors que le gouvernement a décidé d’un calendrier pour la gestion des
déchets et le stockage définitif, en tenant compte d’un cycle de vie d’un
demi-siècle pour une centrale, ce qui place le stockage définitif dans une
perspective à plus de cent ans. La prise de décision par étapes a facilité
le choix du site, dont la fermeture est prévue pour 2130. Dans les décennies à
venir, on reverra le projet et il sera loisible de revenir sur les options
prises et même de les inverser si on a des alternatives. Il existe donc une
marge de manœuvre réelle, ce qui est important dans un tel domaine.
Claude Fischer – Je remercie nos invités pour leurs présentations conformes à ce que nous souhaitions : une mise en perspective de leur processus législatif en comparaison avec la loi française et une réflexion sur l’avenir d’un cadre européen. Je donne la parole à notre ami américain qui nous a fait le plaisir de venir de Yucca Mountain.
Pourquoi une nouvelle législation
s’imposait-elle en 2006 ? D’abord, la loi initiale prévoyait qu’une autre
loi serait votée pour la mise en réserve d’un territoire de
Les principales dispositions
consistent d’une part en la mise en réserve d’un territoire, et ensuite dans le
financement des opérations, y compris le démantèlement des installations de
Yucca Mountain. Ce financement est assuré par l’intermédiaire d’un Fonds
alimenté par les utilisateurs militaires du site et par les producteurs
d’électricité, soumis à une taxe de 0,1 cent par kilowattheure d’électricité
produite. La loi supprime également la capacité limite de 70 000 tonnes
métriques prévue initialement pour le stockage : à l’époque, on pensait
recourir de moins en moins au nucléaire, alors qu’en fait, il y eu des
prolongations d’autorisation et désormais une véritable renaissance du
nucléaire. D’autre part la loi prévoit également des garanties sur la gestion
des déchets, à savoir que l’autorité de régulation,
A propos de Yucca Mountain, je
tiens à souligner que la capacité actuelle de 70 000 tonnes métriques
de combustibles usés correspond à une production d’électricité qui aurait
nécessité d’extraire et d’utiliser en centrales 5 milliards de tonnes de
charbon ; on a donc évité l’émission de centaines de milliers de
tonnes de gaz à effet de serre : le nucléaire comme source d’électricité
est une énergie propre et nous voulons la développer.
Pour ce qui est
de la loi française de 2006, elle présente beaucoup de similitudes avec le
cadre légal en vigueur aux Etats-Unis. D’abord, le choix des deux pays s’est
porté sur le stockage en couche géologique profonde, solution que, depuis 1957,
la communauté scientifique internationale a
reconnue comme la meilleure pour la gestion de ce type de déchets. Dans les
deux pays, on a souhaité un engagement politique et une participation de
l’opinion avant de donner des autorisations. Aux Etats-Unis, c’est au niveau
des autorités des comtés et avec les comités locaux que la consultation est menée. Ils disposent de ressources pour
mener leur propre expertise.
Les deux pays
ont choisi de stocker les déchets sur leur territoire. Les Etats-Unis, qui
ont beaucoup de déchets – 60 000 tonnes métriques, sans compter tous les
déchets militaires, dont une partie est couverte par le secret – se devaient
d’avoir un centre national de stockage. Certains pays n’ont peut-être pas la
possibilité, en raison de leur géologie, d’envisager un site de stockage sur
leur territoire, et sont donc amenés à chercher une solution internationale.
Mais à mes yeux, l’existence du projet de Yucca Mountain ne devrait pas
remettre en cause les efforts en cours dans chaque pays.
En ce qui concerne les étapes du
projet de Yucca Mountain, nous avons récemment présenté notre calendrier pour
la demande d’autorisation. Ce sera
Au cours des 16 derniers mois,
des changements importants ont eu lieu dans le programme de Yucca Mountain.
Nous avons modifié notre approche du traitement des déchets et choisi une
solution en fûts métalliques. Nous avons confié à un laboratoire très connu, le
Sandia national Laboratory, le soin de coordonner les recherches. Nous
avons aussi lancé un projet intitulé Global Nuclear Energy
Partnership qui vise à encourager le développement du nucléaire en offrant
une solution pour le traitement des déchets, et en visant spécifiquement
les 1% de plutonium non consommé qui en fait partie. Nous avons aussi revu les
normes de protection radioactive. A l’origine, dans le projet Yucca Mountain,
on avait retenu une période de 10 000 ans. Les tribunaux ont exigé que
nous fixions la norme à un million d’années et nous travaillons à des modèles
et des stratégies propres à satisfaire cette demande.
Claude Fischer – Merci à
Paul pour la clarté de sa démonstration. J’ouvre le débat.
Laurent Milliat, Dexia Asset – Les producteurs peuvent-ils expliquer les différences, assez
importantes, dans les provisions constituées par les entreprises pour faire
face aux démantèlements ? Tendra-t-on à l'harmonisation ?
Bernard Dupraz – Une étude
comparative réalisée par l'OCDE en 2003 montre que les différences tiennent aux
technologies utilisées. A technologie identique, les différences ne sont pas si
grandes – mais il y en a, c'est exact. EDF est plutôt dans le bas de la
fourchette, car la standardisation, qui a réduit les coûts de construction,
réduira sans doute aussi le coût du démantèlement. Notre expérience d'une
décennie de démantèlements montre que les provisions constituées sont
« dans les rails », et nous sommes confiants dans la validité de nos
prévisions.
Robert Leclere – Il y a souvent
confusion entre coût du démantèlement et coût de la gestion des déchets.
D'autre part, le fait que les pays n'ont pas choisi des solutions identiques
entraîne d'importantes différences dans le montant des provisions pour le
démantèlement mais, à technologie égale, il n'y a pas grande différence d'un
pays à un autre.
Michel Lung, secrétaire adjoint, Association des écologistes pour le
nucléaire – Vous avez parlé de 60 000 tonnes métriques de combustibles
usés, Monsieur Golan. Bien sûr, c’est une sorte de mine naturelle d’uranium pour les réacteurs de
génération IV. Les Etats-Unis sont-ils décidés à les retraiter ?
Paul Golan – Dans les
années 1970, le gouvernement américain a abandonné l'idée du retraitement
des combustibles usés. Nous voulons à présent pouvoir démontrer que certaines
technologies de retraitement permettent de produire des substances dérivées non
polluantes. Voilà pourquoi je compte aller visiter les installations de
Jeremy Rycroft – Sur ces
60 000 tonnes, il y a environ 600 tonnes de plutonium. Il faut donc
l’utiliser ou trouver un système de stockage garanti. Dans tous les cas, il est
impératif de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter de créer, à
terme, une mine de plutonium. Un contrôle de longue durée est indispensable.
Henri François, maire de
Saudron – Que faut-il entendre
par « entreposage de longue durée » ? Parle-t-on
d'entreposage en surface, en sub-surface, ou d'enfouissement en couche
géologique profonde ?
François-Michel Gonnot – Par
une mécanique intellectuelle toute française, quand on
est confronté à un
problème, on invente un mot. C'est ainsi qu'est né le
concept de
« réversibilité », auquel on
s'attache à présent à donner un contenu…
De même, au cours du débat parlementaire on a parlé
d'entreposage définitif et
de stockage réversible, puis un amendement a été
présenté qui évoquait
l'entreposage « en sub-surface ». L'ennui, c'est
que la sub-surface
n'existe pas : ou l'on est en surface, ou l'on est en souterrain !
L'entreposage est une solution technique valant pour 50 à 70 ans, en
surface. Quant au stockage
géologique, il consiste en l'enfouissement des déchets à 500m de profondeur
dans la roche, la possibilité d'une réversibilité étant envisagée pendant une
durée limitée – de cent à deux cents, voire trois cents ans. Pour ceux qui en parlent, l'enfouissement en
sub-surface aurait lieu à flanc de colline dans une roche offrant toutes
garanties de sécurité, mais la notion n'a pas été incluse dans la loi pour la
raison que j'ai dite : le code minier ne connaît que la surface et le
souterrain.
Philippe Herzog, président
de Confrontations Europe – Les comparaisons internationales montrent
que les points faibles de la solution française, soulignés par Bruno Sido, sont
que la recherche a porté sur un seul site et que la solution
« descendante » a été retenue, si bien que l'acceptabilité est à
construire après coup, ce qui n'a rien d'évident, nous l'avons constaté. On
cherche maintenant à obtenir l'acceptation des Champenois en faisant d'eux les
champions de l'habitat propre… et pourquoi pas ?
Pour ce qui est de l'intérêt
mutuel des Européens, il ne suffit pas que les pays membres se ressemblent. Je
regrette l'échec du « paquet » Lamoureux. Peut-être la solution
proposée était-elle rudimentaire, mais il fallait y travailler et l'affiner,
les directives n'étant en l’occurrence que des cadres incitatifs et non des
cadres d'interdiction.
Si l'on envisage les choses sous
l'angle socio-économique, l'acceptabilité du nucléaire suppose que la sécurité
dans les autres pays soit fiable. Mais comment construire la sécurité s'il
n'existe pas de corps de contrôle ? Et qu'en est-il de la modernisation du parc
des centrales à l'Est ? Comment les pays d'Europe centrale et orientale
feront-ils s'il n'y a ni mutualisation des ressources ni programme commun ? La
question demeure irrésolue. Vont-ils se tourner vers
Fernando Naredo, vice-président
pour l'Europe de BNFL Westinghouse – L'administration américaine
actuelle a fait beaucoup plus pour le nucléaire que les dix précédentes. Mais
Yucca Mountain aurait dû accueillir des déchets il y a un certain temps déjà et
cela n’a pas été le cas, ce qui a occasionné des dépenses et des contentieux
entre les producteurs et le Gouvernement. Quand aurait-on pu commencer
d'exploiter le site de Yucca Mountain, et quel est le coût des indemnités que
le Gouvernement a eu ou aura à payer aux compagnies d’électricité ?
Jacky Rousselle, ingénieur, EDF – La gestion des matériaux nucléaires participant
de la gestion globale des ressources, un bilan global des méthodes est
nécessaire. Nous devons retenir l'idée de nos amis belges, qui parlent de réversibilité pour les déchets faiblement
actifs à vie courte, ceux qui représentent le plus grand volume, et pour
lesquels
D'autre part, en Finlande, on
stocke actuellement les combustibles usés sans retraitement ; cette option
est-elle irrévocable ?
Georges Rubinstein, professeur,
Institut supérieur de gestion – L'acceptabilité de la gestion des
déchets radioactifs s'inscrit dans l'acceptabilité plus générale de l'énergie
nucléaire dans son ensemble. Or, les media donnent plus souvent la parole aux
opposants à la filière qu'à ceux qui y sont favorables, parce qu'il est
beaucoup plus facile de vendre la frayeur que la science, de propager des
craintes que de donner une tribune à ceux qui voudraient rectifier le tir. Le
droit de réponse doit être exercé, par exemple lorsque les chaînes de
télévision montrent les images de gens qui se couchent en travers des rails
quand Areva convoie vers l'Allemagne des déchets retraités, alors que la
législation interdit le stockage sur le sol français de déchets provenant de
l'étranger ! Ces gens devraient être poursuivis !
Il faudrait aussi tirer tous les
enseignements nécessaires du fonctionnement des réacteurs naturels découverts
dans le gisement d'uranium d'Oklo, au Gabon, phénomène du plus grand intérêt
pour l'étude du stockage géologique des déchets radioactifs, et diffuser dans
les pays de l'Est la technique de l'enfouissement en couche géologique
profonde. Je rappelle enfin que l'Agence
internationale de l'énergie atomique (AIEA) a organisé une mission
d'inspection, sur une base volontaire, de la sûreté des installations
nucléaires.
François Bertault, chargé
de mission à
Yves Durrieu, économiste au
Centre européen des entreprises de service public – Je suis un peu
inquiet de constater que, de colloque en colloque, on parle de moins en moins
de transmutation alors que si la recherche à ce sujet aboutissait, cela
augmenterait fortement l'acceptabilité du nucléaire. Et comme il s'agit d'une
recherche de long terme et d'un coût élevé, elle devrait être du ressort de
l'Union européenne.
Philippe de
Villemeur
– On a beaucoup parlé d’acceptabilité.
Souvent, on prend pour une
réaction de la population au nucléaire ce qui est en fait
une réaction à
l’existence d’un monopole de fait, celui des
réseaux, et qui n’est pas
rationnelle. Lorsqu’on annonce comme compensation aux populations
des
territoires où l’on veut installer un stockage profond que
l’on va faire de
l’énergie propre, il faudrait que ce soit sur une
échelle correspondant à la
taille des monopoles, et que ce soit vraiment
d’intérêt général. Et ce qui
serait intéressant, ce n’est pas le solaire ou
l’éolien, qu’on sait déjà faire,
mais de travailler sur l’accumulation de l’énergie.
Or, dans les différents
programmes, il n’y a rien sur cet aspect, alors que c’est
par là qu’on pourrait
aboutir à une réelle concurrence entre les
systèmes sans réseaux et les
systèmes avec réseaux, sachant que les énergies
renouvelables sont dispersées.
Claude
Fischer – Sans me substituer aux partenaires de l’opération de Bure, je
pense qu’ils voulaient s’appuyer sur des atouts des deux départements de Meuse
et Haute-Marne, qui sont l’agriculture et le bois. Le développement du
bioéthanol peut y trouver des applications concrètes, d’autant qu’il y a un
pôle de compétitivité à Reims et des entreprises prêtes à élaborer des projets
avec les agriculteurs et les communes ; certains sont en cours. Tous nos
débats ont au moins permis de mettre en relation des acteurs qui élaborent des
projets, sans parler de l’engagement fort des grands producteurs d’électricité
sur des initiatives d’envergure.
Ce sont les
mêmes qui s’opposaient au stockage en profondeur et à la recherche en
laboratoire à Bure, qui, sur les projets d’énergie propre, nous ont objecté que
cela n’allait créer que 30 ou 40 emplois. Mais l’exemple du Brésil, ou même du
sud de
Jean-Paul Schapira, directeur
de recherches honoraire, CNRS – Les conclusions de
Robert Leclère –
Faut-il un ou plusieurs sites de stockage ? Dans la perspective française,
il n’est pas politiquement correct de stocker dans un autre pays. Mais il y
a l’offre russe. Faut-il tout stocker en Russie ? Non évidemment. Mais la
question mériterait au moins un débat politique, sans tomber dans un
travers ou dans l’autre, car peut-être certains petits pays n’ont-ils pas de
solution nationale, ou alors au prix de dépenses énormes.
Jeremy Rycroft – A titre
d’exemple, la géologie tourmentée d’une île comme Taiwan interdit que l’on y
envisage un stockage en profondeur. Sans doute vaut-il effectivement la peine
de discuter d’options de stockage pour de petits pays.
Alain Vassaux –
Un débat a eu lieu également,
récemment, sur le stockage solidaire international. Pour
Bernard Dupraz – Depuis la
chute du Mur, un gros travail a été fait dans les centrales des anciens pays de
l’Est qui sont désormais dans l’Union européenne, République tchèque,
Slovaquie, Bulgarie et Lituanie, sous l’égide de l’Union européenne et de
L’idée de gestion interrégionale
des déchets était déjà avancée dans le « paquet Loyola de Palacio ».
La formule du débat public était d’avancer pas à pas sans brûler les étapes. Est-il
raisonnable, politiquement, d’envisager le stockage ou l’entreposage en commun pour
plusieurs pays ? Ne va-t-on pas provoquer un recul dans l’ensemble des
Etats ? A titre personnel, je le crois. Peut-être dans 30 ou 40 ans,
lorsqu’on aura démontré qu’un mode de gestion est parfaitement acceptable,
pourra-t-on revenir sur cette idée de mise en commun. Mais vouloir avancer trop
vite risque de nous faire faire un pas en arrière.
Rolf Linkohr – Je partage
tout à fait ce point de vue. L’Union européenne interdit d’exporter des déchets
toxiques, qu’ils soient chimiques ou radioactifs, et affirme le principe selon
lequel chaque Etat membre est responsable du stockage ou du traitement des
déchets de cette nature qu’il produit. Mais cela n’exclut pas la coopération
entre deux ou trois pays s’ils sont d’accord pour traiter les déchets en commun.
Par exemple si demain les trois pays baltes construisaient un réacteur
nucléaire ensemble, ils réfléchiraient certainement à un stockage des déchets
sur un seul site dans l’un des trois pays. Déjà dans le cadre de
l’ex-Yougoslavie, Slovénie et Croatie se partageaient un réacteur à 50 %.
Timo Seppälä – Lorsque le
gouvernement finlandais s’est posé la question des déchets nucléaires il y a
environ 25 ans, le choix fait à l’époque a été en faveur du retraitement, et en
second lieu seulement du stockage. Mais il n’a pas été possible de s’y tenir
sur le plan économique, car les coûts ont beaucoup augmenté. D’autre part,
l’exportation de ces déchets étant interdite, le retraitement ne peut donc
avoir lieu qu’en Finlande. Mais construire dans le pays une usine de
retraitement pour une petite quantité de déchets – elle s’élève à 1400 tonnes
et le potentiel estimé est de 5500 tonnes – aurait été très onéreux.
Cependant, le principe de réversibilité fait que, si à l’avenir on désire
diminuer la quantité de déchets radioactifs par traitement, on pourra le faire
en récupérant une partie de ceux qui sont actuellement stockés.
Paul Golan – En ce qui concerne le coût associé au retard de
l’ouverture de Yucca Mountain, qui aurait dû avoir lieu en 1996 comme le
prévoyait la loi, l’estimation se situe entre 3 et 5 milliards de dollars.
D’autre part, le phénomène
naturel qu’on a mentionné au Gabon a bien été étudié, dans le cadre des études
sur la sécurité.
Quant à la
transmutation, certes les difficultés sont réelles, mais il faudra en débattre
car le recours à cette technique garantirait le caractère durable du nucléaire.
Jeremy Rycroft – Je suis
en faveur des collaborations. Cela étant, on n’a pas forcément besoin de placer
la barre très haut. Par exemple,
François-Michel Gonnot –
La réversibilité est une notion à approfondir, et elle sera reprise dans le
cadre de la loi qu’il faudra voter dans dix ans, au moment de demander une
autorisation de stockage. Aujourd’hui, on entend par là la possibilité
technique de sortir un combustible stocké en profondeur à un coût égal à celui
du stockage. Le coût estimé du centre de stockage de
Quant à la politique
européenne, il convient de l’envisager aussi dans une dimension planétaire.
Ainsi
Dans ce contexte, que fait
l'Union européenne ? Jeremy Rycroft, notre ami britannique, demande avec raison
que l'on n'aille pas trop vite ; du reste,
Claude Fischer – Actuellement,
le rôle que peut jouer l'Europe est sous-estimé. Parce qu'elles ne perçoivent
que les risques – ou que les gouvernements ne leur font percevoir que les
risques – les opinions publiques sont inquiètes et rejettent l’Europe, et les
gouvernements collent à l'opinion publique : c’est un cercle
vicieux ! Dire « n'allons pas trop vite », c'est aussi
prendre le risque que l'Union prenne un retard considérable car si les Etats
membres ne mutualisent pas les coûts, ils ne pourront rien faire. Car dans
le même temps, on peut être sûr que
Nous sommes de farouches
partisans de la construction européenne, qui est aujourd'hui en difficulté.
Nous considérons qu'il faut accélérer le processus et non pas attendre qu'il
mûrisse, sans quoi rien ne se fera jamais. Je lance donc un appel à la
constitution d'une Europe de l'énergie. Chacun s'accorde à dire que la gestion
des déchets est une condition de la politique nucléaire de demain. Il faut
penser cette politique à l’échelle européenne, sinon, comment préserverons-nous
notre indépendance énergétique ?
Quelles initiatives
Jean Coadou, Administrateur
à l'Unité Energie nucléaire/ gestion des déchets et transports, Commission
européenne – Je félicite les organisateurs des Entretiens européens,
forum qui contribue très utilement au débat public en rassemblant dans un
dialogue constructif tous les acteurs de la société. Ce n’est pas si fréquent
pour être souligné. Je n'entrerai pas dans le détail de la loi française de
juin 2006, dont il a déjà beaucoup été question, mais je salue le courage
politique qui a permis d'y aboutir, et d'assortir le texte d'un calendrier
précis. J'observe seulement qu'avec cette loi,
Que doit faire l'Europe ? La loi
française peut-elle servir de modèle ? C'est difficile, chaque pays ayant sa
stratégie et sa méthode ; on le voit avec
Telle est la situation actuelle.
Je ne peux conclure sans rendre
hommage à François Lamoureux, qui s'est battu sans relâche en faveur d'une
politique européenne énergétique cohérente.
Claude Fischer – La
quatrième édition des Entretiens européens sur la gestion des déchets
nucléaires s'achève. Elle a rempli sa promesse grâce à ses échanges
directs et riches. Je veux souligner les efforts de
En 2007, nos travaux porteront
sur la gestion des déchets en lien avec le devenir du nucléaire. Nous nous
intéresserons à la transmutation, ce qui nous permettra, en raison du coût de
la recherche dans ce domaine, de penser les enjeux en termes européens. Nous
nous pencherons aussi sur l'enjeu de société et sur sa dimension éthique
et reviendrons bien sûr sur l’implication des populations, leur
participation à l’élaboration de projets intégrés autour de laboratoires de
recherche pour pouvoir ouvrir plus tard des centres de stockage qui sont une
des conditions de sûreté la plus aboutie à ce stade. Il est nécessaire d'en
débattre entre Européens, car s’il est difficile de s'intéresser à l'autre,
l'Europe d'aujourd'hui, c'est nous tous, et nous devons partager nos
expériences, et construire notre avenir commun.
1Les actes sont disponibles sur le site de
Confrontations Europe www.confrontations.org
et ont fait l’objet du dossier de
2Reaktor Bolchoi
Mochnotsti Kanalny : réacteur à eau ordinaire à tubes de force
3L’AEN (Agence
de l’OCDE pour l’énergie nucléaire) et l’AIEA (Agence internationale de
l’énergie atomique) ont publié la nouvelle édition du Livre rouge
« Uranium 2005 : ressources, production et demande » le 12 octobre
2006.