Gérer
nos déchets nucléaires :
imiter
les meilleurs Européens et renégocier le développement local
Les
Entretiens européens qui se sont déroulés le 25 novembre 2005 au
Centre des Congrès de Reims ont rassemblé 160 participants venus des régions
Lorraine et Champagne-Ardenne et de huit pays européens pour dialoguer avec la
Commission européenne et les députés français en charge du dossier. Ils se
sont inscrits dans le débat public national ouvert avant la prise de décision
de 2006. Nous retiendrons quelques points forts.
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L’Union européenne tient le cap. François Lamoureux, directeur
Energie et Transports (DGTREN) à la Commission européenne, a réaffirmé
l’objectif d’un cadre européen pour la gestion des déchets nucléaires,
assorti d’engagements nationaux dans un calendrier. La DGTREN envisage la création
d’une entreprise commune pour la recherche, type Galileo, qui permettrait de
partager les compétences et les coûts. Simon Webster, de la DG
recherche, a fait référence, quant à lui, aux plate-formes
technologiques pour développer la recherche européenne sur la gestion des déchets
dans le cadre du 7ème Programme Cadre de Recherche et Développement
(PCRD).
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En région Meuse/Haute-Marne, les opposants au stockage géologique des déchets
nucléaires sont à l’offensive. Selon Jean-Luc Bouzon,
conseiller général de Haute-Marne, ils ont recueilli 51 000 signatures pour
exiger un référendum local avant toute décision. Mais pour Christian
Bataille, député du Nord, auteur de la loi de 1991, la gestion des déchets
nucléaires relève de la décision nationale et donc un référendum
local dans ce cadre est anticonstitutionnel. Les élus et le Gouvernement
pourront-ils refuser la demande des pétitionnaires ? Comment prendront-ils
en compte les demandes de concertation formulées par des acteurs comme
l’ANCLI représentée au colloque par Michel Demet, Mutadis représenté
par Serge Gadbois ou encore la demande de participation de François
Rollinger de la CFDT et de Ghislain de Marsily, professeur de géologie
et membre de la CNE ?
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La France ne devrait-elle pas adopter une attitude de partenariat s’inspirant
des expériences des partenaires européens et canadiens ? Peter Haug pour
l’Allemagne, Torsten Carlsson pour la Suède, Thomas Flüeler
pour la Suisse, Angelo Castellan pour le Canada et Romana Jordan
Cizelj pour la Slovénie, Robert Leclere pour la Belgique, ont témoigné
qu’on pouvait mieux associer les populations aux décisions. Et Kathryn
Shaver, de l’Agence canadienne de gestion des déchets nucléaires et Evelyn
Hooft, de l’Ondraf en Belgique ont prouvé qu’on pouvait les
faire participer à l’élaboration d’un projet local
intégré.
C’est
d’autant plus possible que cette troisième édition des Entretiens
européens a permis d’explorer des perspectives de développement local en
Meuse et en Haute-Marne, en lien avec le Laboratoire de Bure
sur la faisabilité d’un stockage.
L’exemple
de La Hague et de Flamanville donné par Claude Gatignol, député de la
Manche, a pu renforcer la crédibilité d’une possible dynamique de développement.
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Claude Fischer, directrice des Entretiens, a interrogé sur le devenir du
site du Laboratoire et sur la volonté des acteurs d’en faire un pôle de compétences
à vocation européenne autour des activités de recherche liées à
la gestion des déchets nucléaires et aussi des technologies nouvelles de l’énergie
comme la biomasse qui est déjà, comme l’a rappelé Daniel Collard
de Cristal Union, une dimension du pôle de compétitivité de Reims.
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François-Michel Gonnot, président de l’Andra et député de l'Oise, a
reconnu que le développement local qui devait accompagner le Laboratoire
n’est pas visible. Il a déclaré que le dispositif d’accompagnement prévu
dans la Loi Bataille de 1991 était « entièrement à renégocier »
et être inclus dans la future loi. Pour lui, le Laboratoire lui-même
est une opportunité de développement et de création d’emplois – et encore
plus le centre de stockage s’il était construit (500 à 800 emplois sur
le site). Quant aux producteurs – AREVA, CEA, EDF représentés respectivement
par Jean-Guy Devezeaux, Philippe Pradel et Bernard Dupraz
– ils se sont déclarés prêts à s’engager pour un développement
durable dans un contrat territorial avec les partenariats locaux.
Comme
l’a montré Rolf Linkohr, physicien nucléaire et ancien député européen
allemand, la gestion des déchets est un élément essentiel de l’industrie
moderne basée sur le recyclage. Loin d’être une « poubelle »,
la région peut devenir une nouvelle « terre de vie » comme l’a réclamé
François Dosé, député de la Meuse.
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Dans ses conclusions, Philippe Herzog, président de Confrontations
Europe, a souligné le manque d’écoute et d’ouverture des Français aux
bonnes pratiques des autres Européens, qui est un symptôme de la crise de la démocratie
française. Il a déploré la conception du processus législatif qui prive les
citoyens et les communes de leur choix et de leur responsabilité, et proposé
des conditions à une participation plus active des citoyens dans le
processus décisionnel. Il a invité les acteurs à penser la gestion des
déchets nucléaires comme un nouveau point de départ pour un développement
industriel dynamique.
Les
Entretiens européens ont été
créés en 2003 avec le souci d’informer et de comparer les choix de gestion
des déchets nucléaires en France et en Europe. Ils se réunissent chaque année
et publient une Lettre bi-annuelle à 10 000 exemplaires. Ils sont parrainés
pat la Commission européenne et le Gouvernement français. En 2005, ils ont
obtenu le parrainage de l’Andra et de la Ville de Reims et ont été organisés
en coopération avec le C.E.R.E.S. Foratom et Confrontations Europe et en
partenariat avec AREVA, le CEA, EDF et Electrabel Suez. Les Entretiens
2006 pourraient avoir lieu à Berlin en novembre et inscrire la
question de la gestion des déchets dans le cadre d’un débat
franco-allemand sur les nouvelles perspectives du nucléaire.
Les actes des Entretiens de Reims seront disponibles dès janvier sur le site des Entretiens européens. Ils feront l’objet de la Lettre n°6 qui sortira en mars.