La rédaction web des Echos - 25 novembre 2005

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NUCLEAIRE - 

 Gérer nos déchets nucléaires : l'heure du choix [ 25/11/05 ]

 

CLAUDE FISCHER et ANDRÉ FERRON

C'est en 2006 que le Parlement débattra du projet de loi sur la gestion des déchets nucléaires les plus dangereux en France. Tout le monde est aujourd'hui placé devant sa responsabilité : il faut choisir une option, quelle que soit la poliique énergétique avec ou sans nucléaire, et ne pas reléguer aux générations futures la gestion de nos déchets.

 

La loi Bataille a été conçue en 1991 pour explorer trois options de recherche : la séparation et transmutation, le stockage géologique, l'entreposage de longue durée. Les scientifiques du monde entier et l'OPECST en France (Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques) disent que l'option la plus sûre et la plus praticable dans l'état actuel des connaissances est le stockage géologique en profondeur. Les travaux réalisés à Bure, dans le laboratoire Meuse - Haute-Marne de l'Andra (Agence nationale de gestion des déchets radioactifs) permettent de conclure à la faisabilité d'un stockage dans l'argile.

 

Cette option ne signifie pas la fin des recherches, nécessaires pour finaliser le projet, mais aussi pour explorer en parallèle les deux autres voies, complémentaires. Elle devrait s'accompagner d'un agenda indicatif qui permettrait d'afficher clairement les perspectives à toutes les parties prenantes du projet : délai de finition des recherches géologiques et d'ingénierie, délai pour le choix d'un site, pour sa mise en exploitation et sa fermeture. Ce calendrier, qui s'imposerait aux éventuelles alternances politiques, indiquerait aux Français et à nos voisins européens le cap suivi, serait un facteur de confiance et permettrait de contrôler les engagements.

 

Reste la question la plus difficile à résoudre, le choix du site de stockage. Les riverains du laboratoire de Bure s'interrogent : ils ont accepté un laboratoire sur leur territoire, pas un centre de stockage. Mais comme il n'y a eu qu'un laboratoire en France - contrairement à ce que proposait la loi Bataille -, ils redoutent que la décision ne leur laisse pas le choix. Les opposants au laboratoire ont pris l'offensive et accusent les élus et le gouvernement de faire de leurs départements une « poubelle nucléaire ». Il faut bien reconnaître qu'on a laissé s'exprimer les peurs sans mener le débat de fond, ni privilégier les opportunités de développement économique que représente la présence d'un laboratoire de recherche.

 

Mais là encore, la question ne pourra pas être reportée indéfiniment : il faut décider dès 2006. Non pas du site lui-même, mais d'une procédure de sélection du site, associant les populations. Car il est hors de question de décider sans elles. Dans cette optique, la consultation engagée avec le Débat public national est insuffisante tout comme le sont les informations données par l'Andra, les producteurs de déchets, ou par les organismes comme l'OPECST ou la CNE (Commission nationale d'évaluation). Quant au CLIS (Comité local d'information et de suivi), présidé par le préfet, il ne correspond pas aux attentes des populations.

 

Les citoyens organisés doivent avoir les moyens de leur propre expertise et participer à des missions locales indépendantes définies dans un esprit de service public décentralisé avec pluralité et interactivité des sources. Il leur faut sortir du débat franco-français, connaître les expériences de nos voisins, riches d'enseignements, et les propositions de l'Union européenne, qui joue un rôle moteur en matière de sûreté nucléaire et de gestion des déchets. Par ailleurs, les citoyens doivent pouvoir participer à l'élaboration du projet de stockage conçu comme un pôle scientifique de très haute technologie, créateur d'emplois qualifiés et générateur d'activités nouvelles.

 

Il est nécessaire d'inverser la démarche classique où les élus - avec leurs experts - choisissent et les riverains approuvent ou rejettent : tous doivent travailler ensemble à des projets locaux d'intérêt national. Le choix national se ferait alors sur des projets portés au niveau local.

 

Concrétement, on pourrait imaginer une procédure en plusieurs étapes : le gouvernement ferait appel à candidature de communes éligibles. Les communes retenues noueraient ensuite un partenariat avec l'Andra et les producteurs de déchets pour travailler à un projet qui serait proposé aux élus nationaux et au gouvernement qui in fine choisiraient. Bure pourrait être candidate, comme d'autres communes bien placées géologiquement.

 

Cette méthode repose sur la confiance et le sens des responsabilités : le gouvernement prend les siennes dans l'affichage d'un cap, les communes et les citoyens prennent les leurs dans un partenariat avec lui et les producteurs. Une éthique nécessaire pour régénérer notre démocratie en crise.

 

CLAUDE FISCHER est directrice des Entretiens européens, dont la 3e édition se déroule aujourd'hui à Reims. ANDRÉ FERRON est chargé de recherches à Confrontations Europe.

 

 

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